Les sanctions pour usage abusif du breton

Lettre de Mgr Dubillard à son clergé transférant une lettre du Préfet du Finistère concernant la suppression de traitements de certains prêtres en raison de l'usage abusif du breton

Annonce de la suppression de traitement de 31 prêtres

Le 9 janvier 1903, Emile Combes prononce 31 suppressions de traitement de prêtres finistériens. Le motif officiel est "usage abusif de la langue bretonne".

16 janvier 1903 : discussion à la Chambre des députés

Le Gouvernement est interpellé le 16 janvier 1903 à la Chambre des députés sur cette circulaires. Emile Combes fait un discours où il évoque l’enquête diocésaine de Quimper. Plusieurs députés bretons se sont inscrits pour défendre l’usage de la langue bretonne à l’Eglise et au catéchisme. Seuls 2 députés interviennent longuement : Etienne Lamy (Morbihan) et Louis Hémon (Quimper) tandis que les autres candidats à la parole déclarent n'avoir rien à ajouter.

Etienne Lamy s'applique à démontrer que la décision de Combes est illégale  car inapplicable du fait de 700 000 bretons incapables de suivre utilement une instruction en langue française. Ils réclament avec Louis Hémon l'enseignement simultané des deux langues aux enfants bretonnants de naissance.

Par 339 voix contre 185, la circulaire ministérielle fut approuvée interdisant l’usage du breton au catéchisme et à l’église. Les députés finistériens de gauche votèrent ce jour là avec l’opposition de droite contre le gouvernement.

Pour le chanoine Le Floc’h, la question de l’enseignement du breton à l’école est alors enterrée, le sujet évoqué par les deux députés bretons n’ayant pas d’écho. Le clergé ne tint pas compte de la circulaire pour le catéchisme mais le breton resta exclu de l’école.

A la suite de la séance du 16 janvier 1903, la Semaine religieuse répond au défi lancé par Emile Combes.

« Ces menaces n’empêcheront pas les prêtres bretons de faire leur devoir, qui est d’enseigner la religion dans la langue comprise de ceux dont ils ont la charge ».

Chaque camp reste donc sur ses positions. Le 30 mars, c'est 28 traitements supplémentaires de prêtres qui sont supprimés.

L’évêque envoie un courrier aux « punis ».

« Nous continuerons à prêcher et catéchiser en français là où l'auditoire est français, alternativement en français et en breton là où l'auditoire est mélangé, et exclusivement en breton là où l'auditoire est exclusivement en breton ».

Lettre à Mgr Dubillard, évêque de Quimper et Léon, du directeur de La Croix du département de la Manche (Ed. Cadic).

Don du directeur de La Croix - édition du département de la Manche (octobre 1903)

Avril 1903. Association de bienfaisance en faveur du clergé diocésain

En avril, l'évêché fonde une "Association de bienfaisance en faveur du clergé diocésain" pour récolter des fonds pour subvenir aux besoins des prêtres privés de traitement.

 Le diocèse reçoit des dons privés de soutien qui peuvent provenir de toute la France. C'est le cas du directeur de La Croix-Manche (voir ci-contre).

"Je vais faire insérer ce don dans ma Croix de la Manche dans l'espoir que cet exemple entraînera d'autres dons en faveur de ces prêtres qui font l'admiration de la France entière"

Abbé Yves-Marie Grall (1854-1932)

Abbé Yves-Marie Grall, recteur de Bénodet (1897-1904)

Usage du breton et du français dans les instructions et catéchisme à Bénodet

Lettre du recteur de Bénodet sur l'enquête sur son usage du breton

Exemple d'enquête à Bénodet

 L'abbé Grall, recteur de Bénodet, rapporte à l'évêque de Quimper, dans une lettre du 5 juin 1903 comment s'est déroulé l'enquête sur son usage du breton et du français dans sa paroisse.

Je me fais un devoir d'infomer votre Grandeur de l'entretien suivant que je viens d'avoir avec un monsieur qui m'a accosté tout près de l'entrée du presbytère, en demandant très poliment :

- Vous êtes Monsieur le Recteur de Bénodet ?

- Oui, Monsieur.

- Eh, bien, je suis chargé de faire une enquête relative à la circulaire du ministre interdisant l'usage du breton dans les églises. Ce n'est pas un métier commode, je vous assure.

- Je n'en doute pas.

- Je voudrais donc savoir si vous vous êtes conformé à cette circulaire.

- Monsieur, je me conforme aux instructions de mon chef hiérarchique, Monseigneur l'évêque de Quimper.

- Très bien, c'est toujours la même réponse que j'entends. Mais  vous faites les annonces en français?

- Oui, Monsieur, j'ai trouvé cette habitude établie à Bénodet, quand j'y suis  venu et je la maintiens à cause des étrangers qui nous arrivent pendant l'été. Mais les instructions se font toujours en breton.

- Vous faites aussi le catéchisme en français?

- Oui, à tous les enfants qui le désirent.

- Sont-ils nombreux?

- Ils forment l'exception.

Le recteur de Bénodet précise à l'évêque à la suite de ce dialogue :

Qui est ce Monsieur? je ne saurais le dire. Il ne m'a pas décliné de nom et qualité. Je n'ai pas jugé à propos, non plus, de les lui demander. Il est très probable que c'est Monsieur le Commissaire de police de Quimper et que son enquête aboutira à la suppression de mon traitement. J'en serai tout fier.

Les archives conservées ne confirment pas le présentiment de l'abbé Grall et il conservera son traitement.

 

L'attitude du préfet du Finistère

Dans plusieurs lettres, le préfet du Finistère essaie d'expliquer à l'évêque dans quel état d'esprit, il applique les consignes du Ministère du Culte.

Les premiers traitements supprimés en janvier 1903 le sont avant tout "à titre d'exemples afin de ne pas multiplier les mesures de rigueur". Les cas isolés de suppression de traitement qui suivent sont, à l'inverse, à l'encontre de prêtres identifiés par les pouvoirs publics comme présentant "un mauvais vouloir manifeste" ou opérant "un acte de résistance à l'autorité du ministère des cultes".

9 décembre 1905 : un dénouement?

A la fin de 1904, 110 traitements sont supprimés ce qui représentent la somme, alors énorme, de 185 000 francs.

Les choses restent en l'état toute l'année 1905. A la fin de l'année 1905, c'est 83 prêtres au gré des décès et des mutations, qui restent toujours sans traitement. Le 9 décembre 1905, la Séparation de l'Eglise et de l'Etat clôt cette affaire puisque le clergé ne recevra plus de traitement de l'Etat, le clergé breton n'avait pas plié.

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