Les résultats de l'enquête

Les résultats de l’enquête sont publiés sommairement dans la Semaine religieuse du 21 novembre 1902.

- Dans 256 paroisses sur 310, la prédication se fait en breton, sans qu’il soit possible de le faire en français.

- Dans 167 paroisses sur 310, le catéchisme se fait exclusivement en breton.

La conclusion de la Semaine religieuse est que le breton « s’impose nécessairement et vouloir le proscrire ce serait équivalemment interdire l’instruction religieuse dans ce beau et chrétien diocèse. »

Fañch Broudic dans son article "L'usage abusif du breton en 1902 : le point de vue du clergé" (Bretagne Linguistique, 1990) en étudiant non plus le nombre de paroisses mais le nombre d'habitants dans ses paroisses obtient la synthèse suivante :

-3/4 des habitants ne s'expriment généralement qu'en breton (586 000 habitants)

- 1/4 des habitants sont à même de s'exprimer en français (environ 200 000 habitants)

Une frange sans doute considérable mais difficile à quantifier peut s'exprimer dans l'autre langue.

Scaër. L'entrée du bourg, route de Rosporden

Entrée du bourg de Scaër

Breton exclusivement

Dans les communes rurales, les sermons sont exclusivement dispensés en breton. Les recteurs estiment que leur instructions paroissiales ne seraient pas comprises autrement. L'abbé Caradec de Scaër évalue que sur les 7000 habitants sous sa responsabilité seuls 3-4 personnes étrangères au pays ne comprennent pas le breton. Alors que si sa prédication et son enseignement se faisaient en français, seule une vingtaine de personnes serait capable de suivre.

Rosporden : jour de marché

Jour de marché à Rosporden

Douarnenez. Bénédiction de la mer à Port-Rhu

Douarnenez. Bénédiction de la mer au Port-Rhu

Breton / Français

La situation est un peu différente dans certains chefs-lieux de canton où le français est proposés à certaines messes ou à certaines réunions de confréries.

Rosporden, Roscoff, Landerneau, Saint-Pol de Léon proposent ainsi les deux langues.

Le cas de Douarnenez est spécifique comme le dit lui-même son curé-doyen l'abbé Auffret :

"La paroisse de Douarnenez est une paroisse absolument bretonne, bien qu'en ville. Elle ne ressemble à aucune autre ville ni à Brest, ni à Morlaix, ni à Concarneau. Sur 14000 paroissiens, 12000 sont bretons et 2 mille français." (sic)

Concarneau. Marin préparant ses filets

Concarneau. Marins préparant ses filets

Pont-Aven. Le marché

Jour de marché à Pont-Aven

Davantage de français

Dans les grandes villes du diocèse, la prédication et les instructions sont davantage faites en français mais une place est laissée à certaines heures ou certains jours pour le breton.

A Concarneau, toutes les messes sont en breton "sauf la première à laquelle nous invitons tout spécialement les personnes qui ne savent pas le breton".

Seules deux paroisses utilisent le français exclusivement : la paroisse Notre-Dame des Carmes à Brest (ancienne paroisse du bas de Siam) et la paroisse de Pont-Aven.

L'abbé Le Bras, recteur de Pont-Aven, répond ainsi à l'évêque :

"Ici, à Pont-Aven, les catéchismes se font exclusivement en français ainsi que les prédications. Nous ne sommes donc pas atteints par la mesure oppressive nouvellement édictée".

Brignogan. Le Scluz

Scène de plage à Brignogan (avant 1934 dans la paroisse de Plounéour-Trez)

Influence du tourisme et du travail saisonnier

Fanch Broudic relève que l'introduction du français est liée au développement du tourisme ou au travail saisonnier qui conduisent de nombreuses personnes étrangères à la région à séjourner dans les stations balnéaires ou de villégiature.

Le recteur de Plounéour-Trez :

"Les instructions paroissiales se font toutes en breton, à l'exception des instructions qui sont données en français aux baigneurs à la messe de 8 heures".

Saint-Pol de Léon. La Grande Place

Saint-Pol de Léon. La Grande Place

Différences sociales?

Les recteurs insistent sur les différences sociales dans le choix des langues. A Saint-Louis de Brest, la présence du breton est surtout destinée aux domestiques originaires des campagnes qui pour certains comprenaient encore difficilement les instructions en français.

Il est aisé de généraliser que pour les villes l’usage du breton est l’affaire des couches sociales les moins aisées tandis que le français concerne l’aristocratie, la bourgeoisie mais des réponses de recteurs le contredisent toutefois. Ainsi à Saint-Pol de Léon où la prédication en français « est très suivie par la population bourgeoise et ouvrière ».

La suivi de la prédication en français peut être aussi un signe de promotion sociale ou de sentiment de supériorité. A Pleyben, la seconde messe, à prédication française, est "fréquentée presqu'exclusivement par les fonctionnaires et les personnes du bourg".

C’est en tout cas un signe d’instruction ou un signe d’origine extra-régionale.

A Saint-Ségal, "les instructions se font exclusivement en breton excepté pour la mission 1897, où l'on donnait un sermon en français le soir pour essayer de faire du bien à à quelques employés de la Poudrerie de Pont-de-Buis qui ne sont pas du pays et qui comprennent guère la langue bretonne".

Des cas isolés

Plusieurs recteurs évoquent des cas isolés dans leur paroisse, des enfants pour lesquels ils vont faire le catéchisme en français. C’est le cas des enfants venus de l’extérieur de la Basse-Bretagne : « venu de Paris », « enfants d’employés, étrangers au pays ». La profession des parents aussi est lié à l’usage d’une langue plutôt qu’une autre: enfants de douaniers, de marins non bretons, et surtout d’instituteurs, qui refusent que leurs enfants aillent au catéchisme en breton

Les signes d'une évolution

A la demande de leur évêque, les prêtres donnent leur avis sur l’aptitude des enfants à être catéchisés en français. Les réponses sont dans l’ensemble négative mais quelques prêtres n’excluent pas une évolution.

D'ailleurs l'attitude des recteurs entre le choix de la langue pour la prédication ou pour le catéchisme laisse présentir une évolution. Le nombre de paroisse qui ne propose que du breton aux prédications est bien supérieur à celui qui propose un catéchisme exclusivement en breton. La réponse du recteur de Saint-Marc montre clairement que la pratique du breton est déjà une question de génération :

"Le prône de la Grand'messe se fait habituellement en breton, car les personnes âgées, bien que comprenant assez bien le français, suivent mieux une instruction bretonne. Nous ne négligeons cependant pas les instructions françaises,car la jeunesse jusqu'à 25 ans est plutôt française".

Les résultats de l'enquête